Discours prononcé par S.E. M. Erlan Idrissov, ministre des Affaires étrangères de la République du Kazakhstan, à l’occasion du lancement de l’Eurasian Council on Foreign Affairs

Discours prononcé par S.E. M. Erlan Idrissov,

ministre des Affaires étrangères de la République du Kazakhstan,

à l’occasion du lancement de l’Eurasian Council on Foreign Affairs

le mercredi 12 novembre 2014

au Steigenberger Grandhotel de Bruxelles

 

 

Vos Excellences, mesdames et messieurs et distingués invités,

C’est avec grand plaisir que je vous accueille ce soir au Steigenberger Grandhotel pour le lancement de l’Eurasian Council on Foreign Affairs. Il s’agit d’un nouveau groupe de réflexion indépendant et stimulant, consacré aux discussions et aux débats sur les questions relatives à l’Asie centrale, plaçant notre région au cœur même de l’Union européenne.

C’est un privilège de célébrer cet évènement à Bruxelles, à seulement 15 minutes du site de la bataille de Waterloo, ainsi que nos éminents amis britanniques, notamment Peter Lilley et Lord Lamont, voudront bien constater. Et, comme notre éminent ami allemand, Dr Josef Joffe, pourrait le faire remarquer en retour, n’eût été la présence opportune du général Blücher, ce dîner pourrait très bien se dérouler à Paris !

Toutefois, Waterloo a été suivi par le Congrès de Vienne en 1815 qui, comme nos amis français nous le rappelleraient à juste titre, permit de rétablir l’équilibre grâce à Talleyrand, ce prince parmi les diplomates, qui eut une influence prédominante sur le nouvel ordre européen, une union de pays qui existe aujourd’hui sous le nom d’Union européenne. Pour reprendre les mots de Talleyrand : « L’art du sens politique français consiste à prévoir l’inévitable et à précipiter sa venue. »[1]

Ce soir, nous célébrons un évènement véritablement international. C’est un grand plaisir de voir tant de représentants distingués venus d’un si grand nombre de nations ! Du pays qui nous accueille, la Belgique… De la Bulgarie, la République tchèque, la Pologne et la Slovénie, qui sont représentées par leurs anciens Présidents, M. Georgi Parvanov, Dr Vaclav Klaus, Dr Aleksander Kwaśniewski et Dr Danilo Turk… De la Norvège, représentée par S.E. M. Kjell Magne Bondevik, ancien Premier ministre… De l’Allemagne, l’Italie et la Serbie, qui sont représentées par les anciens ministres des Affaires étrangères et universitaires éminents… Je suis enchanté de vous accueillir tous.

Je suis personnellement honoré que Dr Benita Fererro-Waldner, ancienne Commissaire européenne aux Relations extérieures et ancienne ministre des Affaires étrangères autrichienne, et surtout, une amie, m’ait présenté en termes si élogieux et, j’en suis sûr, tout à fait immérités.

Sont également présents les ambassadeurs des autres États d’Asie centrale : Asein Isaev, ambassadeur de la République du Kirghizistan, Rustamjon Soliev,

ambassadeur de la République du Tadjikistan, Vladimir Norov, ambassadeur de la République de l’Ouzbékistan et notre propre ambassadeur Almaz Khamzayev, sans oublier, bien entendu, Kakadjan Mommadov, ambassadeur de la République du Turkménistan, qui, s’il n’est pas présent, est parmi nous d’esprit et de cœur.

Bienvenue à tous ! J’aimerais tout particulièrement remercier tous les membres du Conseil consultatif de l’ECFA pour leur temps, leurs efforts et la confiance qu’ils ont manifestée à l’égard de ce projet digne d’intérêt, car une nouvelle organisation a rarement attiré une assemblée aussi brillante d’hommes et de femmes d’État distingués autour d’une même table.

Arrêtons-nous un instant pour souhaiter un prompt rétablissement à notre cher ami, Dr Guido Westerwelle, ancien Vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères allemand qui, malheureusement, ne peut être parmi nous ce soir.

L’Eurasian Council on Foreign Affairs représente une réalisation considérable. Il a été calqué sur le Council on Foreign Relations américain, le Royal Institute of International Affairs britannique à Chatham House et le Conseil européen des relations étrangères de l’UE.

En tant que moteur de la croissance économique en Asie centrale, le Kazakhstan a pris les devants en tissant des relations avec l’Union européenne. En conséquence, le ministère des Affaires étrangères du Kazakhstan est heureux d’avoir fourni un financement modeste pour la première année d’activité de l’ECFA. Il est cependant prévu que, à l’exemple d’organismes similaires dans d’autres pays, les gouvernements de la région d’Asie centrale, ainsi que des sociétés commanditaires et des particuliers, soutiendront par la suite le financement de l’ECFA.

Je voudrais féliciter Rauan Kenzhekhanuly, brillant représentant de la génération nouvelle et moderne de kazakhs, pour sa première année en qualité de Directeur, et pour avoir déjà établi des relations avec bon nombre des grandes institutions internationales basées à Bruxelles, dont certaines sont représentées ici aujourd’hui.

Pour ma part, je peux simplement dire que j’ai l’unique privilège d’être le premier Président honoraire de l’ECFA, mais au fil du temps, j’espère bien et je crois même que cette fonction sera partagée avec les ministres des Affaires étrangères des autres pays d’Asie centrale, avec lesquels, en compagnie d’autres partenaires et parties prenantes distingués, l’ECFA cherche à mettre en œuvre des programmes d’étude et d’autres activités communes.

Je crois fermement que l’ECFA est une innovation non seulement historique mais également opportune, car il n’est pas toujours facile de combler le fossé culturel et psychologique entre l’Europe et l’Asie. Certains d’entre vous se souviennent peut-être de la célèbre histoire d’Enver Hoxha, l’ancien dirigeant d’Albanie, qui décida que son pays devait suivre l’idéologie maoïste. Hoxha admonesta les correspondants de presse couvrant la Maison-Blanche en disant : « N’oubliez pas qu’avec la Chine, l’Albanie représente un quart de la population mondiale ! ».

Bien sûr, tout le monde en rit, car il semblait absurde d’imaginer une entreprise commune entre son petit État des Balkans et le colosse chinois. Toutefois, il est encore vrai que si vous regardez le continent eurasiatique, l’immense majorité de la population – 4,5 milliards de personnes – se trouve en Asie, contre 742 millions dans toute l’Europe jusqu’à l’Oural. Et pourtant, notre super continent à deux têtes a subi de profonds changements depuis l’alliance d’Hoxha et de Mao. Le communisme est mort en Albanie, tel qu’il l’est dans mon pays, le Kazakhstan, et tout comme le communisme à l’ancienne est mort en Chine.

À travers cette vaste étendue, nous sommes confrontés à bon nombre de défis similaires : des populations vieillissantes, des dégradations environnementales, l’ombre de l’intolérance, du terrorisme et ces deux infirmières sinistres, la pauvreté et la maladie, qui – comme le célèbre auteur britannique Charles Dickens l’a dit un jour – surveillent notre chevet, du berceau à la tombe.

Il est plus que jamais indispensable que les pays d’Eurasie travaillent de concert pour lutter contre ces fléaux, et l’Asie centrale, y compris mon pays, est enthousiaste et prête à assumer cette responsabilité, en collaborant étroitement avec nos partenaires européens.

C’est pour cette raison que le Kazakhstan a présenté sa candidature à un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2017-2018. J’espère que l’ECFA servira non seulement d’espace de débat, mais aussi de fenêtre sur l’Asie centrale pour informer le public européen des efforts que mon pays met en œuvre, ainsi que d’autres pays de la région, pour être un bon voisin et un véritable citoyen du monde.

Pour le Kazakhstan, 2014 a été une année mémorable. Elle a vu la conclusion de négociations importantes avec l’Union européenne concernant un nouvel accord de partenariat et de coopération renforcé, et notre adhésion imminente à l’Organisation mondiale du commerce.

Ces accords, qui seront officiellement ratifiés l’année prochaine, ont été annoncés à la suite d’une réunion entre le Président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, et le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ici à Bruxelles le mois dernier. Ils renforceront la coopération dans 29 secteurs, y compris l’économie, le commerce et les investissements, l’État de droit, la démocratie et l’édification de la nation.

Le Kazakhstan est le premier État d’Asie centrale à conclure un tel accord avec l’UE ; c’est le constat des progrès importants que nous avons réalisés dans le cadre de nos relations extérieures et une affirmation de la diplomatie de notre pays.

En septembre, j’ai eu l’honneur de me rendre à New York pour faire un discours lors de la 69ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies, au cours duquel j’ai réaffirmé l’engagement du Kazakhstan envers la sécurité alimentaire, la sécurité de l’eau, la sécurité énergétique et la sécurité nucléaire, à savoir les quatre piliers de la candidature de mon pays à un siège non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2017-2018. J’ai également participé à une série de réunions bilatérales, notamment avec le Secrétaire d’État américain John Kerry, lors lesquelles il a remercié le gouvernement kazakh pour ses efforts continus visant à assurer le développement durable de l’Afghanistan, tout en soulignant l’importance du partenariat stratégique entre nos deux pays.

En mai, avec la Biélorussie et la Russie, le Kazakhstan a signé un traité instituant l’Union économique eurasienne (UEE), qui deviendra un moteur de croissance important en Eurasie, permettant de développer la coopération économique avec la Chine à l’Est et l’Europe à l’Ouest, lequel, sans être en concurrence avec l’Europe, agira d’une manière qui, selon nous, servira tout à fait les intérêts de chacun.

Permettez-moi de résumer la reconnaissance de notre présence grandissante sur la scène mondiale en citant les mots de Hillary Clinton qui a déclaré que le Kazakhstan ne devait pas être considéré simplement comme un pays novateur en Asie centrale, mais comme un « chef de file mondial ».[2]

Pourtant, pour un trop grand nombre de personnes, l’Asie centrale demeure un mystère. Je crois qu’il est essentiel pour nous tous que la communauté internationale, dirigée par nos proches voisins de l’Union européenne, comprenne la contribution que l’Asie centrale a apportée et qu’elle continuera d’apporter pour garantir la sécurité et la prospérité de la région. Au cours des deux dernières décennies, mon pays peut, à juste titre, affirmer faire partie des nations qui ont le plus progressé à tous les niveaux.

Depuis que nous sommes devenus indépendants de l’ancienne Union soviétique en 1991, notre économie est celle qui a connu la croissance la plus rapide en Asie centrale – avec un produit intérieur brut par habitant qui devrait atteindre 25 000 $ d’ici 2020, alors qu’il s’élevait à environ 700 $ lors de notre accession à l’indépendance il y a 22 ans.

Parmi les États de la CEI, le Kazakhstan a été le premier à rembourser ses dettes au FMI suite aux réformes visant à reconstruire son économie, le premier à obtenir une cote de crédit avantageuse, le premier à créer des institutions financières honorables dont les normes sont calquées sur celles des pays occidentaux, et le premier à instaurer un régime de retraite entièrement financé pour tous ses citoyens.

Le Kazakhstan examine naturellement de très près la situation économique mondiale et prend des mesures sérieuses visant à garantir que nous maintenons une croissance stable et durable. Hier, le Président Noursoultan Nazarbaïev, lors de son discours sur l’état de la nation, a dévoilé une nouvelle stratégie économique comparable, à certains égards, au New Deal de Roosevelt. Son but est de maintenir une orientation claire de notre politique économique et de s’assurer que le Kazakhstan atteindra son objectif de devenir l’un des 30 premiers pays développés au monde d’ici 2050.

Dans le cadre de la nouvelle politique du Président, le Kazakhstan investira massivement au cours des prochaines années dans le développement des infrastructures, du transport à l’industrie en passant par le logement. La nouvelle politique met également l’accent sur l’importance de la coopération avec les partenaires étrangers, et nous voyons là des opportunités intéressantes qui nous permettront d’obtenir des résultats concrets en collaborant avec nos amis du monde entier, y compris, bien sûr, l’Europe.

Permettez-moi de m’attarder un peu sur les quatre piliers fondamentaux de notre candidature à un siège non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui sont basés sur notre propre expérience et nos capacités, et sur notre position géographique et culturelle qui nous permet de jouer le rôle de médiateur et de servir de lien entre les peuples de tous les groupes ethniques et nationalités.

Le grand Premier ministre britannique, Benjamin Disraeli, a évoqué autrefois le droit universel à l’eau pure, l’air pur et la lumière. Aujourd’hui, les Nations Unies définissent la sécurité de l’eau comme étant « la capacité d’une population à disposer d’un accès durable à des quantités d’eau suffisantes et de qualité acceptable ». Nous reconnaissons le droit fondamental à l’eau potable et soutenons les propositions de l’Assemblée générale des Nations Unies et Conseil des droits de l’homme de l’ONU visant à assurer la sécurité de l’eau tant au niveau individuel que collectif.

Bordés par la mer d’Aral mourante et connaissant des relations transfrontalières délicates sur la question de l’eau avec nos voisins d’Asie centrale, la Russie et la Chine, nous sommes parfaitement conscients de la valeur de l’eau.

Le second pilier fondamental de notre candidature concerne la sécurité alimentaire. L’ONU a identifié les pénuries alimentaires et la sécurité alimentaire comme étant l’un des plus grands défis mondiaux. 842 millions de personnes n’ont pas suffisamment à manger, ce qui est inacceptable.

Le Kazakhstan est l’un des pays de la planète les plus riches en biodiversité. Il se place parmi les tout premiers exportateurs de céréales et de farine de blé au monde. Notre secteur agricole produit du coton, du riz et de la betterave sucrière, ainsi que de la viande, des produits laitiers et de la laine provenant des troupeaux vivant sur les pâturages qui représentent 70 % du pays.

Ainsi, le Kazakhstan peut largement contribuer à la sécurité alimentaire mondiale. Toutefois, la sécurité alimentaire implique bien plus que la production. Les infrastructures d’aide alimentaire d’urgence et d’aide humanitaire sont essentielles. L’Asie compte le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde et mon gouvernement est conscient de la responsabilité qui lui incombe en tant que chef de file régional pour aider ses voisins. Nous finalisons actuellement la création de l’Organisation islamique pour la sécurité alimentaire, dont le siège sera à Astana.

Permettez-moi de parler du troisième pilier, la sécurité énergétique. Plus d’1,3 milliard de personnes vivent aujourd’hui sans électricité. Nous voulons contribuer à la réalisation des objectifs de l’ONU visant à rendre l’énergie plus accessible aux pays les plus pauvres au monde. Faisant partie des plus grands fournisseurs mondiaux d’énergie – et des dix premiers producteurs de pétrole et de gaz – nous sommes également très bien placés pour influencer la stratégie et la prise de décision mondiales. Il s’agit aussi d’un élément fondamental de notre relation avec l’Union européenne. De plus, la Stratégie Kazakhstan-2050 a considérablement renforcé notre volonté d’investir dans l’énergie verte.

Notre engagement envers un agenda écologique s’étend à la sécurité nucléaire, qui constitue le quatrième pilier de notre candidature à un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Notre actif à cet égard s’appuie sur notre décision historique de renoncer à l’arsenal nucléaire légué au Kazakhstan par l’ancienne Union soviétique.

Par conséquent, dans le monde d’aujourd’hui, nous sommes l’un des meilleurs porte-parole de la sécurité nucléaire internationale et de la non-prolifération pour faire face à la grave menace du terrorisme nucléaire.

Mais la richesse de l’Asie centrale ne se rencontre pas simplement dans son économie et ses ressources naturelles. Dans mon pays, elle se trouve dans notre peuple, notre esprit national et notre détermination à promouvoir la tolérance et le multiculturalisme – pas en tant que voie menant à la séparation et aux divisions, mais comme ingrédient essentiel visant à favoriser l’unité et le respect mutuel dans un pays où vivent plus de 100 nationalités et groupes ethniques.

Fait rare dans les pays d’Orient, le Kazakhstan est un État laïc qui progresse vers la création de sa propre démocratie au caractère distinct et culturellement en harmonie. Comme avec tous les pays jeunes, il peut nous arriver de faiblir mais je ne doute pas que nous soyons sur la bonne voie. En effet, notre engagement en faveur des principes démocratiques a été reconnu de manière indépendante, au niveau international, par ceux qui ont pris la peine de découvrir la vérité.

L’enquête sur les préparatifs des élections présidentielles au Kazakhstan, menée par Lord Parkinson, ancien Secrétaire d’État britannique sous Margaret Thatcher, et comprenant, entre autres, Peter Lilley qui se trouve à nos côtés ce soir, a conclu que : « De façon unique pour un État d’Asie centrale, le Kazakhstan a réalisé des progrès sensibles dans la construction de la démocratie tout en maintenant la stabilité et en favorisant la tolérance ethnique et religieuse ».[3]

De tout temps, le Kazakhstan a été représentatif d’une grande diversité. Bien que ce soit un pays à majorité musulmane, 17 groupes religieux différents entretiennent une coexistence pacifique et jouissent de la liberté religieuse, comme le garantit la Constitution.

Nous sommes fiers d’être un pays multiethnique et multiculturel et notre grande tolérance et notre hospitalité ont été reconnues par le Pape Jean-Paul II et le Pape Benoît XVI qui ont félicité le Kazakhstan pour ses « efforts visant à promouvoir les libertés religieuses ».[4]

Le Kazakhstan se réinvente aujourd’hui pour devenir une nation d’Asie centrale

prospère et moderne. Grâce à sa situation centrale au cœur de l’Eurasie, il est particulièrement bien placé pour servir de passerelle reliant l’Asie centrale à l’Europe et à tous nos partenaires de l’OTAN, y compris les États-Unis.

Notre soutien logistique a été essentiel aux opérations de sécurité internationale en Afghanistan et en Irak, et l’ONU et l’OTAN reconnaissent de plus en plus notre engagement envers la sécurité mondiale. Des millions de tonnes de matériel militaire de l’OTAN, provenant notamment des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France, d’Allemagne et d’Italie, sont en cours de rapatriement le long de l’immense territoire du Kazakhstan à l’heure où je vous parle.

C’est également en raison de son histoire que le Kazakhstan est exceptionnellement bien placé pour jouer le rôle d’intermédiaire, d’artisan de la paix et – pour reprendre les mots de Bismarck lors du Congrès de Berlin en 1878 – d’« honnête médiateur » dans un monde instable aux multiples défis.[5]

Les personnes visitant mon pays ont contemplé avec admiration la grande Route de la Soie, qu’ont empruntée, il y a plusieurs centaines d’années, des caravanes chargées d’épices et de soie, d’ivoire et d’or, ainsi qu’une quantité considérable de nouvelles philosophies et de connaissances acquises.

Saviez-vous que les pommes viennent du Kazakhstan ? L’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche attribuait aux pommes de grands pouvoirs de fertilité. Elle devait le savoir puisqu’elle a eu 16 enfants, dont une reine de France, une reine de Naples et deux empereurs du Saint-Empire romain germanique. Nous pouvons donc dire, avec une certaine modestie, que le Kazakhstan a eu un impact remarquable sur l’histoire dynastique européenne.[6]

Le Kazakhstan joue un rôle majeur dans l’élaboration des initiatives portant sur la Nouvelle Route de la Soie qui, nous l’espérons, ouvriront une fois encore la voie vers la prospérité, la paix, le multiculturalisme et l’éveil spirituel. En effet, on peut dire que l’histoire de mon pays a été la préparation de ce moment.

Lorsque je pense au potentiel de l’Eurasie, à tous nos pays collaborant en partenariat, je me souviens de l’histoire de feu Otto Von Habsburg, membre éminent du Parlement européen. Lorsqu’on l’informa un jour d’un match de football Autriche-Hongrie diffusé à la télévision, il s’exclama : « Oh, vraiment ? Et contre qui jouons-nous ? ».

L’Europe et l’Asie, œuvrant ensemble, formeraient une combinaison imbattable. Et il me semble que la question qui se pose à nous n’est pas ce que l’Europe et ses partenaires peuvent faire pour l’Asie centrale et le Kazakhstan, mais ce que nous pouvons faire ensemble pour la paix et la prospérité dans le monde aujourd’hui.

Je voudrais terminer en citant Rudyard Kipling qui disait : « L’Orient est l’Orient, l’Occident est l’Occident et jamais ils ne se rencontreront ».[7]

Vos Excellences, mesdames et messieurs et distingués invités,

Je crois que nous allons prouver qu’il avait tort, que le fossé géographique, culturel et psychologique existant entre l’Europe et l’Asie sera progressivement comblé et s’estompera, et que ces deux continents se rencontreront ici, à Bruxelles, en Europe, et dans le cadre de l’Eurasian Council on Foreign Affairs.

Je vous remercie !

FIN


[1] Charles-Maurice de Talleyrand, 1754-1838, diplomate français et plénipotentiaire au Congrès de Vienne, 1815.

[2]Hillary Clinton, Secrétaire d’État américaine, 2009 – 2013. Discours du 8 octobre 2012 : « Nous considérons le Kazakhstan non pas comme une simple présence régionale, mais comme un chef de file mondial. »

[3]Enquête indépendante de 2005 sur les élections présidentielles au Kazakhstan, menée par Lord Parkinson, ancien Secrétaire d’État britannique sous Margaret Thatcher.

[4]Le Pape Benoît XVI, au cours de la visite officielle du Président Noursoultan Nazarbaïev au Vatican en novembre 2009.

[5]Otto Von Bismarck, Chancelier allemand, 1871-1890. L’objectif du Congrès de Berlin de 1878 était d’apaiser les tensions relatives aux Balkans entre les deux alliés de l’Allemagne, la Russie et l’Autriche-Hongrie. Puisque l’Allemagne était amie avec les deux, Bismarck pouvait prétendre, quoique de façon légèrement malhonnête, être intéressé par un arrangement honnête, à l’amiable.

[6]Marie-Thérèse, Impératrice d’Autriche, 1717-1780

[7]Rudyard Kipling, poète et auteur britannique. « La ballade de l’Est et de l’Ouest », 1895.

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